Paris, le 4 avril, Veille des Rameaux

 

    Me revient en mémoire un dimanche des Rameaux célébré il y a une vingtaine d’années avec le groupe Jeunes Pros de Grenelle à la prison de Fleury Mérogis. Entendre l’évangile de la Passion en ce lieu et alors qu’une des personnes détenues passait en jugement le lendemain, cela ne s’oublie pas. Pas plus que le partage de la Parole qui a suivi…

 

     En relisant l’entrée de Jésus à Jérusalem que nous célébrons demain, une semblable résonnance avec l’actualité m’interroge.

 

     De plus en plus de voix soulignent le rôle crucial de tous ceux qui exercent des métiers considérés jusqu’alors avec dédain par beaucoup (aide-soignantes, caissières, livreurs, éboueurs, agents d’entretien…). C’est heureux. Heureux de voir tous ces gens qui travaillent pour faciliter notre quotidien, souvent en horaires décalés et fractionnés, avec de longs temps de trajet et de très petits salaires, sortir de l’invisibilité. Heureux de voir enfin considéré cet « envers du monde », pour reprendre une expression de notre frère Bruno Cadoré. La boulangère de la rue de Varenne me disait cette semaine, qu’en 25 ans de présence dans le quartier, c’est la première fois que tant de gens lui disaient merci. Mais pour combien de temps ? La foule qui acclamait Jésus à son entrée à Jérusalem ne sera pas très différente de celle qui, quelques jours plus tard, s’époumonera à réclamer sa crucifixion. La foule, toujours versatile…

 

     Et nous, et moi, où serons-nous demain ? Question lancinante que nous portons face à tous les événements déterminants de l’histoire : de quel côté de la barrière aurais-je pris place ? Question vaine pour hier, mais tellement actuelle dans un moment de crise qui étymologiquement est un moment de choix.

 

      Demain, serai-je de ceux qui renverront ceux que nous avons acclamés de façon éphémère à leur invisibilité ? Ou me tiendrai-je à leurs côtés ?

           

     Demain, serai-je de ceux qui se taisent et laissent condamner le Christ ou serai-je prête à mourir pour lui ? Question lancinante et jamais close…

 

       Bonne entrée dans la Semaine Sainte, la Grande Semaine…

 

                                                                                           Sr Marie-Laure Dénès